chapitre 2 / 3-4

Rédigé par Cédric -

3

 

 

Elle ouvrit les yeux lentement, regardant Han sans comprendre ce qui lui arrivait. Elle paraissait si faible que la moindre émotion nécessitait une énergie folle. Han lui prit la main sans rien dire. Elle tenta d’ouvrir la bouche pour parler mais une quinte de toux lui vola ses mots, laissant sortir un filet de sang de sa bouche. Elle mit du temps à reprendre son souffle avant de pouvoir prononcer un mot, un nom, faiblement, Zouni. Han comprit qu’elle demandait sa fille qui se trouvait dans un terrier juste à côté avec Qat. Il prit le temps de lui faire boire quelques gouttes de jus de lipia et partit la chercher. A son retour, elle s’était rendormit, et Zouniter dans l’élan d’enthousiasme qui la guidait vers sa mère, lui sauta presque dessus pour se jeter dans ses bras, se ravisant au dernier moment et se contentant de poser ses mains sur son ventre. A son contact, la mourante ouvrit à nouveau les yeux, esquissant un sourire derrière son masque de douleur en voyant le visage de sa fille. Zouni vint se blottir dans ses bras et elle restèrent toutes deux, comme ça, un long moment, dans le silence et la pénombre du terrier qui ne laissait passer par la petite entrée qu’une lumière blanche et anonyme.

Han s’apprétait à partir pour les laisser toutes les deux dans leurs derniers instants d’intimité, quand la femme lui prit la main pour le retenir. Elle semblait avoir retrouvé un peu de force depuis l’arrivée de sa fille et sa voix s’était un peu éclaircie.

Cina. C’était son nom. Un joli nom qui adoucissait presque la situation. Elle demanda à Han de raconter une belle histoire sur le monde de ceux d’avant à Zouni.

Han sourit bêtement, ne sachant pas quoi dire. Raconter une histoire dans cette situation le mettait mal à l’aise. Par où commencer.

Il commença par parler de son existence de Rassembleur de Mémoire et des ces Moires quotidiens qu’il pratiquait sur les vestiges du monde d’avant. Il en vint naturellement à évoquer les Médusés, expliquant que certains les considéraient comme leurs doubles.

« Il paraît que pour chaque être figé correspond un être amnésique. Si nous n'avions pas été amnésiques, nous serions figés à la place d'un Médusé. Les porteurs de cette fable sont persuadés que si l'on trouve notre double Médusé, la mémoire de notre propre vie d'avant nous reviendra intégralement en un instant, jusqu'à la réminiscence de notre nom véritable ».

Han continua par un récit autour de la cité de Gorgopolitis et tous les secrets qu'elle renfermait dans ses profondeurs. Il leur parla de la merveilleuse et antique ville souterraine encore intacte que les Archéos finiraient par découvrir à force de creuser toujours plus profondément. C’est du moins ce qu’ils croyaient, ce qui les motivaient à creuser sans relâche. Un monde à l’intérieur du monde où des milliers de mythiques « livres des mots » pousseraient sur des arbres monumentaux. On pourrait s'y perdre pendant des Solunes entiers et se gorger de tous les savoirs qui redonneraient les clés de leurs vies d'avant. Leurs ombrages de papiers apporteraient de la fraîcheur et parfois, l’eau tomberait du ciel comme par magie. Han parla de ça et de bien d'autres choses, laissant une légende en cours pour en emprunter une autre et revenir plus tard sur la précédente. Les yeux de Zouni ne cessaient de s'arrondir et de briller à l’écoute des mots d’outre temps qu’elle n’avait jamais entendu prononcer. Des mots inconnus qui cachaient des trésors derrière chacune de leurs lettres. Les ARBRES avaient des A sonnant comme la promesse d’abondance d'un avenir prometteur. Les R faisaient rouler des rayons de renouveau se mêlant avec les B et les R, faisant surgir du sable des blocs de bre qui voulait dire bruit, bruit de vie, ruissellement de bruit, cascade de mots remplissant les abîmes d’océans asséchés. C’était la soif étanchée au bout du ES, enfin.

Et puis Han leur expliqua le but de leur expédition qui devait les mener jusqu’à une zone de fouille où des âmes nésiques avaient trouvé les premiers vestiges du bonheur de ceux d’avant.

Quand Han termina ses récits, Zouniter s'était endormie dans les bras de sa mère, épuisée par tant de merveilles. Cina regardait le Rassembleur les yeux dans le vague, remplis de larmes qui n’arrivaient pas à couler. Elle serra du plus fort qu’elle pu la main de Han et prononça quelques mots si faiblement, que l’homme ne compris pas tout de suite ce qu’elle voulait lui dire, ou du moins, fit-il semblant de ne pas comprendre.

Alors, elle ramassa tout ce qui lui restait de force et lui demanda de promettre d’emmener Zouni avec lui, là-bas, dans cette « zone du bonheur ».

Han sentit que sa réponse était irrévocable et allait peser sur le reste de ses journuits. Était-il aussi certain de l’ existence de ce lieu ? Que pouvait-on promettre à un enfant dans un monde pareil, et puis, pourrait-il seulement s’occuper d’elle ? Cina avait déjà fermé les yeux et la pression de sa main sur celle de Han s’était relâchée, quand il lui fit la promesse de veiller sur sa fille, qui dormait à point fermé, blottit contre le corps sans vie de sa mère.

 

*

 

L’obscurité qui avait peu à peu envahit le terrier pendant le long récit du Rassembleur, resta longtemps pesante. Han porta silencieusement Zouniter dans un terrier voisin, prenant soin de ne pas la réveiller. Il se demandait déjà comment il devrait lui annoncer la nouvelle quand, à son réveil, elle chercherait à rejoindre sa mère. Malgré son jeune âge la mort lui était familière, mais celle d’une mère n’arrive qu’une fois. Elle s’agita et en se retournant sur sa couche, elle laissa tomber son ours en peluche. Han s’assit au bord de l’alcôve et ramassa l’objet complètement rabotée par le temps et l’amour d’un et peut-être même plusieurs enfants. Ce petit ours sans défense avait traversé la barrière de l’oubli, un objet de plus que le monde d’avant avait fabriqué pour amuser les enfants. Un petit animal aux oreilles râpées, souriant béatement, avec un œil en moins, survivant plasmifié d'une espèce depuis longtemps disparue. Que pouvait-il rester de l’innocence ?

Un nuage de pensées confuses envahit Han qui finit par s’endormir à son tour, l’ours en peluche posé sur la poitrine.

Combien de temps se passa entre le moment où il sombra et celui où Qat le secoua en lui ordonnant de se lever au plus vite, il n’aurait pu le dire. Il faisait jour à l’entrée du terrier et Zouniter se tenait à côté de Qat. Il se surprit un instant de voir l’ours en peluche entre ses mains et son premier réflexe fut de le tendre à Zouniter. La réalité le rappela brusquement. A l’extérieur, le vacarme d’un combat leur parvenait. Des cris, des grognements, des paroles de détresse. Il comprit avec horreur que les Mangeurs de Souvenirs étaient là, juste au dessus d’eux. Qat expliqua qu’il fallait partir immédiatement avec l’enfant, sur ordre de Yori. Les Mangeurs étaient trop nombreux et leur petit groupe peu aguerri au combat ne pourrait pas leur faire face bien longtemps. Il avait indiqué la direction à prendre et les rejoindrait plus loin, à condition qu’il arrive à perdre les mangeurs dans le désert en les entraînant dans une autre direction. Yori connaissait mieux que personne le désert de l’oubli, ça pouvait marcher, mais en attendant, il fallait partir sans perdre de temps.

Han prit Zouniter par la main et la tira vers la sortie. La fillette sembla un instant chercher son regard pour lui demander où était sa mère, mais dans l’urgence, Han se contenta d’un vague et fugitif sourire, comme pour lui demander de lui faire confiance sans poser de questions. Qat sortit la première. A peine dehors, elle fut bousculée par un de ces monstres pâles qui venait de prendre un violent coup de bâton dans la mâchoire. Elle esquiva de justesse, évitant d’être entraînée avec lui dans sa chute, mais le Mangeur tenta de s’agripper à elle lui arrachant un morceau de manche et lui griffant l’avant bras au passage en la repoussant dans le terrier. Il dégringola en rebondissant sur les parois rocailleuses de ce dernier et s’écrasa tête première, maculant le sol de son sang. Qat regarda en arrière pour voir si Han et Zouniter allaient bien. Ils se tenaient le long du mur, attirés par l’image presque grotesque du Mangeur étalé de tout son long, la machoire fracturée, tirant méchamment d’un côté, lui donnant un air presque drôle. Qat sortit du terrier se tenant l’avant bras et tomba nez à nez avec Eon qui reprenait son souffle. C’était lui qui venait de régler son compte au Mangeur. Elle croisa son regard sans rien dire, sa mine sombre en disant déjà suffisamment long sur la situation.

Une fois à l’extérieur, Han regarda autour de lui. Dans le cercle rougeoyant du soleil levant, des silhouettes s’agitaient comme les figurines d’un théâtre d’ombre. Ses amis se battaient et se défendaient comme ils pouvaient, face à toutes ses furies qui se déchaînaient autour d’eux. Sans avoir le temps de comprendre, il vit Eon se précipiter sur lui et le pousser violemment lui faisant perdre l’équilibre. Il mordit la poussière et eut tout juste le temps de se retourner pour voir son compagnon se jeter sur un Mangeur qui poussait des grands cris de rage. Han n’arrivait pas à réagir. Son esprit était vide. Il aurait voulu se relever et aller prêter main forte à Eon, mais il n’arrivait pas à bouger, comme si ses membres ne lui obéissaient plus.

Il sentit deux mains l’agripper par le col et le tirer vigoureusement. Il chercha à se débattre et à se défaire de cette poigne de fer qui semblait faire preuve d’une force surhumaine, mais le sable glissait sous ses pieds et il n’arrivait pas à trouver une prise pour s’accrocher. Au dessus de lui un énorme colosse à la tête chauve et blafarde bavait et grognait. Une main attrapa son pied droit provoquant presque immédiatement une douleur horrible au niveau de sa hanche, comme si elle s’allongeait jusqu’à la rupture. C’était Qat qui s’agrippait à lui pour freiner l’élan du colosse. Han hurlait lui demandant d’arrêter, mais Qat continuait. Ses pieds glissaient sur le sable, mais elle ne lâchait pas prise, tirant sur la jambe de Han jusqu’à ce que le Mangeur s’arrête. Il poussa un cri qui communiquait clairement son agacement de rage, souleva Han qui se retrouva un instant en suspens au dessus du sol, avant d’être jeté comme un vulgaire sac d’os, roulant et mangeant le sable un peu plus loin. Qat était maintenant seule face au monstre. L’affronter aurait été un suicide. Par manque d’inspiration, elle ramassa un caillou et le jeta sans trop viser. Après un instant de surprise, la cible vacilla, touchée en pleine tête. Qat saisit sa chance et courut vers Han pour l’aider à se relever, puis ils foncèrent retrouver Zouni restée près du terrier. Elle pris la fillette par le bras et ordonna de courir le plus vite possible avant qu’il ne soit trop tard. Dans leur fuite, ils esquivèrent quelques combattants, aperçurent Yori un peu plus loin qui était en prise avec trois Mangeurs. Un instant, l’idée d’aller l’aider effleura l’esprit de Qat qui se sentait soudain l’esprit guerrière, mais de tenir la main de Zouniter la ravisa. Elle ramassa une barre de fer au passage et ils s’éloignèrent tous les trois de la bataille sans se retourner, sans s’arrêter, pour fuir le plus loin possible avant que le soleil ne les oblige à s’enfouir.

 

 

4

 

Une légende raconte que le Lipia fut inventé par la main de l'homme avant le Grand Solstice à une époque où l'humanité, forte d'une technologie avancée, cherchait à palier au déclin de toutes les sources d'alimentation et d'eau potable sur terre. Pour y remédier, elle créa une espèce capable de s'auto-suffire et de se reproduire rapidement et en masse, sortit de la chaîne alimentaire, n'ayant besoin de rien ni de personne pour vivre. Biologiquement composée de tout ce que nous pourrions avoir besoin en terme de nutrition, elle survécut seule à la désertification de la planète et devint l’espèce souveraine et dominante.

Leur fonctionnement aurait été calqué sur celui de leurs créateurs, à commencer par une société hiérarchisée où chaque individu naissait dans une classe bien définie de dominants et de dominés. Leur anatomie était très différente selon leurs fonctions dans le groupe. Les mâles, se plaçant tout en haut de la pyramide, étaient affublés d’une carapace très épaisse. C’était un met de choix qu’il ne fallait pas trop se permettre, faute de déstabiliser les colonies. Ils croustillaient sous les dents et leur jus était moins amer que celui des femelles, de taille plus petite, se distinguant par des nuances de couleurs selon leurs rangs. Les mâles dominants, ceux qui ne combattaient pas, tiraient plus sur les ocres rouges foncés, contre une teinte plus claire pour les guerriers qui avaient des élytres recouverts de formes, jamais tout à fait les mêmes, comme des sortes de peintures de guerre. Leur but unique et ultime dès qu’ils sortaient de leur cocons, étaient de s’entre-tuer. Les dépouilles étaient alors aussitôt retirées du champs de bataille par une autre variante de l’espèce, encore plus petites et presque translucide, douée d’une force prodigieuse capable de transporter trois fois son poids au moins. Cette ouvrière acheminait les cadavres vers des gardes manger toujours bien remplis qui permettaient aux classes dominantes de pouvoir se reproduire en toute quiétude à une vitesse vertigineuse, afin d’assurer le renouveau des guerriers. Ce sont ces gardes-manger à l’aspect d’œufs gélatineux que Qat et les autres survivants avaient appris à trouver et à prélever, en quantité suffisante pour ne pas déséquilibrer les colonies. Au départ, la récolte se faisait à la main et avec la récupération de ressources matérielles issues des vestiges, les lipièges firent leur apparition, facilitant la tache et évitant d’abîmer la nourriture. La faim justifiant les moyens, d’autres inventions avaient été mises au point, comme le draineur de jus, imaginé par un certain Del.

Cet engin avait la forme d’un cylindre mesurant environ trois pouces et se terminant par une petite cuvette détachable. Il suffisait d’y glisser une poignée de Lipia préalablement débarrassés de leurs têtes, qui avaient tendance à obstruer la machine, et de les introduire à l’intérieur du tube où une sorte de pilon coulissant permettait le broyage des insectes. Au bout de quelques légers va et vient, il suffisait de dévisser la cuvette et de boire le précieux liquide ainsi récupéré.

 

*

 

Qat venait de terminer l’inventaire. Elle tendit le petit récipient à Zouni après y avoir elle-même trempé les lèvres, juste assez pour les dessécher un peu. Elle scruta l’horizon, commençant à s’inquiéter de l’absence de Han. Ça faisait déjà un bout de temps qu’il avait quitté son bouclier solaire et l’ombre qu’elle avait d’abord pris pour sa silhouette au loin avait disparue pour réapparaître un peu plus grosse à un autre endroit de l’horizon. Sans réfléchir, elle referma le draineur, ramassa les boucliers de tissu, les roula et la attacha ensemble, puis elle pressa Zouni à se remettre en marche sans attendre Han. S’il s’agissait des mangeurs, elle ne pouvait se permettre de l’attendre. Elle prit Zouni par la main pour avancer plus vite. Qat se retournait régulièrement et l’ombre qui se dessinait derrière elle grandissait à chaque coup d’œil, dessinant sans aucun doute plusieurs silhouettes dans sa ligne de fuite. Un instant, l’idée la traversa qu’il pouvait s’agir de Yori et du reste du groupe. Peut-être que Han les avaient repérés et rejoint, et maintenant, ils venaient simplement à leur rencontre, mais à cette distance, c’était difficile de s’en assurer.

Qat avait beau regarder devant elle, aucun refuge où se cacher. Cette zone du désert était d’une platitude déroutante, pas une dune à l’horizon, pas une carcasse de vestige abandonné, aucun échappatoire. Zouni n’allait pas assez vite. Elle la prit dans ses bras, mais ça ne changea rien, bien au contraire. Le sable les aspirait et les ralentissait, attrapant les jambes de Qat. Trop lourd, trop lent. Elle trébucha et eut juste le temps de lâcher Zouni avant de mordre la poussière. Il n’y avait rien à faire. Les silhouettes grossissaient jusqu’au moment où il n’y eu plus de doute possible. Leur démarche tordue comme des pantins désarticulés ne trompait pas. Qat se résigna. Elle ne pourrait pas aller bien loin comme ça. Elle ordonna à Zouniter de se tenir derrière elle et de ne pas avoir peur, que tout allait bien se passer. En disant ça, elle se rendit compte qu’elle essayait de se convaincre elle-même. Elle serra très fort l’arme de fer qu’elle avait récupérée pendant leur fuite. Ça allait être le moment d’apprendre à s’en servir.

 

*

 

Maintenant, elle les voyait distinctement. Cinq individus, trois hommes et deux femmes, armés eux-aussi. Yori leur avait donné le doux nom de « goules du désert » et Qat comprenait maintenant pleinement pourquoi. Au lieu d’être noircie et tannée par le soleil, leur peau était blafarde et leur odeur respirait la charogne. Certaines parties de leur corps étaient tuméfiées. On aurait cru à tout instant que ces protubérances allaient éclater tellement elles étaient gonflées à certains endroits. Les seins des femmes, quand ils n’étaient pas ravagés par ces tumeurs, pendaient ridiculement au milieu de leur poitrines. Leurs vêtements étaient à moitié en lambeaux. Ils semblaient à peine avoir conscience de leur apparence. L’un d’eux n’avait qu’une seule chaussure ce qui lui donnait une démarche encore plus boiteuse. S’il n’avaient pas été aussi agressifs, on aurait pu les prendre en pitié.

Qat ordonna à Zouni de rester derrière elle, braquant son arme de fer en protection. Les cinq goules les encerclèrent brandissant elles aussi leurs armes d’os. Qat essayait de garder un œil sur Zouni, tout en tournant sur elle-même pour essayer de tenir ses agresseurs à distance. Elles étaient toutes deux prises au piège. Sentant qu’il n’y avait plus aucune autre option que l’affrontement, elle choisie une cible, celui qui lui paraissait le plus chétif, celui qui n’avait qu’une chaussure. Elle fonça droit devant elle, donna des coups de bâton dans le vide pour le repousser. Les autres leur tournaient autour poussant des cris d’excitation sans intervenir. Qat porta plusieurs coup, mais Chaussure Unique était moins faible que sa maigreur le laissait entendre, et il encaissa, attrapa l’arme de Qat, lui arracha des mains sans difficulté et la repoussa au centre du piège qui se refermait maintenant sur elle. Instinctivement, Qat attrapa Zouni et la prit dans ses bras pour la protéger, se préparant à recevoir une série de coups. Elle ferma les yeux, attendant la sentence, acceptant que cette fois, ce soit la fin, mais rien ne se produisit. Ils étaient là, autour d’elles à les regarder comme des bêtes curieuses, ou plutôt, à les étudier. Ils communiquaient dans une sorte de langage guttural prononçant des sons plus que des mots, mêlant claquement de langue contre le palais, vibrations de l’épiglotte, raclement de gorge, avec parfois quelques bribes de mots à peine compréhensible. Visiblement, ils n’avaient pas eu la réminiscence des mots.

Qat essayait de ne pas succomber à la panique, continuant de serrer très fort Zouniter contre elle, au point de sentir le poux rapide de la petite au creux de sa propre poitrine.

Le plus grand du groupe approcha sa main droite vers la tête de Qat qui tenta de le repousser violemment. Mais il insista et saisit Qat par les cheveux sans qu’elle ne puisse rien faire. Il semblait vouloir palper son front comme s’il essayait de mesurer l’envergure de son crâne. Il la relâcha et poussa un cri aigu en brandissant son gourdin en os de chasseur victorieux. Les autres l’imitèrent.

Qat chercha autour d’elle, sondant l’horizon en espérant voir arriver du secours. Mais pas une seule trace en vue. Han avait disparu. L’avaient-ils capturé ou pire, tué ? Était-il en fuite ? Et les autres, Yori ! Que restait-il de l’expédition ?

Qat se rendit à l’évidence qu’elles étaient désormais seules.

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